Sylvain Thévoz


Héros ou Orphelin

Je ne suis pas entré dans ce monde
je n’ai pas été donné du dedans
je suis monté de l’ermitage de pierre de louange
à celui d’esprit de papier
arche de lumière de mésanges
de safran et de pain brisé

J’ai du silence à revendre
je ne cède pas sur un sou
je ne couds pas pour les morts
visions réduites oreilles percées
espace liquide pontons de biais
sorte de transe par là je vais
je m’assieds sur la route

Je marche sur l’eau franchis le porche
rends une pièce ferme la porte
le câble l’ombilical je l’avale par le nœud
je dis mendier
cathédrale transparence mes coups
mes combes mes coquelicots je les contrôle
péridurale je les contourne par le col

J’entends les racines pousser
je les vois glisser sur le sol
le sable recouvre le sommeil
les pilules stérilets les condoms
les cordes l’accident
pour le corps l’assistance la systole
la police est dans le ventre

Le son du hoquet dans la nuit
ma moque ma maman et mes morves  
je suis sale
il faudra ceci pour survivre
cela encore
les angles aigus de la valise
porter je-te en doses diffuses
à bout de bras mantra de vie
la graine le chant sème c’est le nom
un veine-flon ça fait mal mais c’est bon
c’est pour la vie l’hospitalité du pays intérieur

J’ai de l’espace pour passer
j’ai peu de chances de sortir
courser les chevaux dans la neige
sceller les sabots aux collines
carrousels aux fenêtres
je sais y faire
couvrir de paille les yeux ouverts
sparadrap sur le bout du nez
un cancer c’est la fuite et je crève
pronostique de la nuit :
un peu trop vif pour le scalpel
je me mets sous le pont
moi j’en fais pas une maladie
mais le vieux derrière la fenêtre a un regard aigri

Carreaux cassés toit déplacé
singulière cabane de l'esprit
écris le dit dans le silence
descends en rappel par le monde
je dis cela n’est pas pour rire
les doses de gel les crèmes les saucisses crues
ce n’est pas facile la ville l’anonyme
je préfère le foin les myrtilles
les arrosoirs les faons les cabrioles dans les montagnes

L’oiseau raidi dans le ciel
je te le donne
plomb brûlé pour les buses
les renards noirs de la forêt
ma main : territoire pour avancer
dans la mort une main courante
tes canettes de bière tu te les gardes
mets moi une  petite pièce dans la pogne
et tu me quittes

Lier les blocs dans la rivière
les glaces les séracs la lumière
le savon laver sur la pente
les caillots de sang dans le corps
se doucher nu derrière la grange
le courant froid droit dans le cœur
se frotter le dos à la pierre
se rougir le sexe à la paille
le trottoir
sur le ventre de la neige
se frotter les pieds sur le bois
la bête la chanter là
entre les côtes serrer les doigts
tu lis trop de romans regardes toi trop de télé
et tu as peur je le vois à ton corps
à part cela on se ressemble

Sous les décombre trouver la pioche
accoucher l’entier dans le ventre
odeur de trèfles de luzernes
de tartes aux pommes
je suis vivant
je serais os vache ou bien mère mais pas ta chose
Je ne suis pas entré dans ton monde
je ne suis pas né dedans
mais je peux le traverser et te dire bonjour
te sourire si tu le veux.

© Sylvain Thevoz







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